Mais quel est ce lieu si paisible ? Nous sommes à Itaparica dont nous découvrons le visage après une arrivée de nuit: hier, la belle était masquée.
Une envie soudaine de courir, de se défouler. Les chaussures bien lacées, nous partons en footing sur la rive bordée de palmiers. Le soleil est radieux mais pas encore brulant. il faut profiter de cette heure très matinale, bientôt la chaleur deviendra écrasante.
Un oiseau passe dans le ciel. Il chante, et de son aile caresse le vent. Quelques barques de pêcheurs échouées là. Sur une charmante place arborée les tables encore inoccupées de deux ou trois bouibouis nous donnent des idées pour la suite, tandis que des immenses murs cachent de somptueuses maisons. Plus loin, de grands édifices sont abandonnés aux folies de la nature, qui s’épanouit en prenant d’assaut ces ruines.
Puis un fort, un petit fort blanc avec son canon pour le protéger. Et ces maisons, si colorées, si pittoresques.

Nous retrouvons les couleurs de la vieille ville de Salvador, mais dans un cadre plus provincial. Pas un seul mendiant, pas un seul camé, et quasiment aucun trafic automobile. Le temps semble arrêté, c’est tellement reposant. Les habitants se réveillent et la vie émerge peu à peu, détendue et familiale.
Au bout de la rive et formant une pointe se trouve une grande place que prolonge une grande plage. Des vendeurs de bières et de pizzas ouvrent leur stand, en musique.
La plage est un spot parfait pour le kite, et ça c’est chouette ! À marée basse, l’eau laisse place à une énorme étendue de sable avec deux cages de foot. À marée haute, le terrain est immergé et les buts dépassent de l’eau: incongru n’est ce pas ? Les prochains jours sont donc remplis de promenades, de kite, de foot, de bonnes bouffes, et, d’une superbe rencontre: Daniel et Juliana, nos voisins de ponton.

Il y a quatre ans, ce couple infatigable s’est lancé dans la construction d’un catamaran exceptionnel, pour réaliser leur rêve: un voyage au long cours. Long de 20 mètres, Breeze (en référence à la chanson de J.J.Cale) est tout simplement une oeuvre d’art. Tout a été pensé dans les moindres détails, de la structure en carbone, au récupérateur d’eau de pluie sans oublier les panneaux solaires et l’éolienne pour leur autonomie énergétique. Il ne leur manquerait plus que des moteurs électriques. Nous leur prêtons main forte pour la pose du bimini (le toit du cockpit) et le soir même, nous avons l’honneur de célébrer la première fête à bord, la pendaison de crémaillère en somme. Les caïpirinhas laissent place aux caipiroskas (alternative avec de la vodka), au rhum arrangé et pour finir, une bouteille de champagne que Martin gardait depuis notre départ, sabrée avec grâce par Daniel sur le trampoline avant. Car nous célébrons leur nouvelle monture et leurs futures aventures mais c’est aussi… l’anniversaire de Bérenger. Une soirée mémorable. La structure du bimini, du mat de l’éolienne et du bateau en général sont mis à rude épreuve. Jusqu’au petit matin, les plongeons s’enchainent de tous les points d’envol possibles. On s’amuse comme des fous et sans casse. Le carbone, ça déchire (pas) !

Après cette semaine à Itaparica, nous repassons par Salvador pour récupérer notre spi recousu. Puis nous reprenons la mer direction Jacaré, 500 milles plus au nord.

Les conditions ne sont pas faciles, surtout pour Guy qui nous accompagne et qui navigue pour la première fois. 4 jours au près dans les grains équatoriaux et un jour de pétole sur mer houleuse. Pluie tropicale, orages soudains, roulis intense, Guy succombe à un intense mal de mer et passe immanquablement par la case vomi. Ainsi, il est maintenant certain qu’il continuera son tour du monde sur le thème de l’agroécologie uniquement par la terre (voici son blog: www.levoyageurvert.com).

La marina de Jacaré se trouve dans un de ces rios qui serpentent à l’intérieur des terres. Pas de bol, le vent est de face. N’ayant pas assez d’autonomie pour remonter le fleuve au moteur, nous enchaînons des dizaines de virements de bord espacés de 30 à 60 secondes. Le tout sous une pluie diluvienne venue rafraîchir nos corps suants à force de manoeuvres. Heureusement le courant est favorable, mais les fonds sont incertains puisque les bancs de sable changent régulièrement de position sous l’eau. Nous zigzaguons d’une rive à l’autre en risquant de nous échouer à chaque instant. « Au pire, ce n’est que du sable, il suffira d’attendre que la marée soit haute pour se dégager. » Un pêcheur vient nous avertir que nous nous dirigeons droit vers l’un de ces jards. Virement de bord immédiat et l’échouage est évité.

Nous progressons avec lenteur. Lorsque nous arrivons enfin à destination et qu’Amasia est bien amarrée à une bouée, notre bonheur est proportionnel aux épreuves endurées ces derniers jours. Tous à terre ! Et une tournée générale de caïpi, une !

Nous rencontrons l’équipage de Loufoc (my wife) arrivé avant nous. Ces quatre potes se sont lancés dans un tour de l’Atlantique. Avec eux et les autres marins français, brésiliens, espagnols, chiliens, ou italiens en escale ici, une ambiance formidable se crée. Le soir, les guitares se réveillent et chantent la vie enivrée.

Quelques jours plus tard, Plume nous emmène tous dans sa ville: Olinda. Après quatre heures de bus, nous arrivons dans cet endroit magique. Nous sommes accueillis dans l’ancienne colocation de Plume. Ses copines sont là et alors que nous discutons autour de quelques verres, elles nous offrent un merveilleux spectacle de chant et de danse. Mais dans quel monde sommes nous ? Sur quelle planète y a-t-il des anges à la grâce si pure ? Tant de chaleur émane de leur corps, tant d’amour de leurs gestes, tant de poésie de leur chant. Nous sommes cloués, la bouche, les yeux et les oreilles grand ouverts. Nous sommes sur un petit nuage et découvrons la ville de nuit. Les magnifiques ruelles ondulent sur les collines. La fête est partout, l’ambiance est féérique et mystérieuse en même temps. Il a beaucoup d’édifices somptueux mais aux airs abandonnés, comme des oubliés du temps. La richesse se trouve dans la culture, le sourire des gens, la couleur des petites maisons, les innombrables graffitis, les arbres envahissants, les rires au loin, la Brahamia, les fourmis… Nous nous mêlons à la foule pleine de jeunesse, au milieu des routes et des places, bercés par la musique et cette langue chantée, le brésilien.